Vogue Fashion Festival 2017 : L’art et la matière.

« Exigence de qualité, impératif de traçabilité, constante innovation, respect de la tradition… Quel est l’avenir des matières naturelles dans la mode face à l’envol des fibres techniques ? ».

Me revoilà avec un second article, à nouveau consacré au Vogue Fashion Festival, qui a eu lieu les 24 et 25 Novembre derniers. Dans cet article, je vais vous présenter l’ensemble des idées, et thématiques qui ont été abordées au cours de l’interview effectuée par Olivier Nicklaus, journaliste pour VOGUE.

Invités :

  • Stuart Ford – directeur général The Woolmark Company
  • Simon Porte Jacquemus – Fondateur de Jacquemus
  • Véronique Nichanian – Directrice artistique Hermès homme

Cette première conférence avait pour objectif de répondre à une grande problématique :

Quel est l’avenir des matières naturelles face à l’envol des fibres techniques ?

Et pour y répondre, l’accent a été mis sur le domaine de la Recherche & du Développement.

La première invitée à intervenir sur le sujet de la matière était Véronique Nichanian. Selon elle, la question de la matière est fondamentale puisqu’au cours du processus de création  les matières nobles sont mélangées avec d’autres matières, d’autres éléments. Elle a employé, pour qualifier les transformations qu’a connu le travail de la matière le mot de « télescopage ».

Véronique Nichanian a ensuite expliqué qu’elle aimait l’idée d’un « vêtement » pour la beauté d’un tissu, mais également la chaleur d’une matière et le côté protecteur. C’est notamment pour cela que nous retrouvons chez Hermès homme des vêtements qui mêlent à la fois cuir et cashmere. Ce qui est passionnant, selon elle, c’est de ne pas rester figé. En effet, nous vivons dans une époque extraordinaire et nous nous devons de faire évoluer les choses, et entre autre de mélanger les différentes matières. Et, dans la conception masculine plus particulièrement : on mélange davantage qu’auparavant.

De nombreuses photographies extraites de campagnes de publicité pour Vogue était diffusées et commentées par Véronique Nichanian, qui, par la suite, a expliqué qu’elle joue énormément sur le cuir – qui est une matière très noble pour la maison Hermès – mais également avec le tricot de cuir, qui est un tricot découpé dans la forme des mailles. Au fil du visionnage de quelques images de campagnes de publicité Hermès, celle-ci a expliqué à plusieurs reprises qu’elle tenait beaucoup à l’accent sur le plaisir que procure le vêtement. Un vêtement, par le mélange des matières notamment, peut être composé de détails égoïstes. Pour justifier ceci, une veste hermès homme était présentée, et celle-ci était en cuir mais le fond de poche était en fait en agneau. Seule la personne qui possède cette veste sait cela et en profite : le plaisir est unique pour celle-ci mais aussi particulier car personne d’autre ne peut y goûter. Le mélange des matières n’est donc pas qu’esthétique, et c’est ce qu’a essayé de nous faire comprendre Véronique Nichanian, lors de cette interview.

Le mélange des matières contribue également à un plaisir personnel voire « égoïste » 

Enfin, selon elle, les vêtements parlent d’eux-mêmes, les logos sont donc superflus. Le vêtement, est bien plus que quelque chose qui nous habille, le vêtement a une âme qui commence à naître au moment de la création de celui-ci.

Le deuxième invité à intervenir était Jacquemus dont le rapport à la laine et au lin est assez simple. Il aime également travailler sur la soie. Son amour de la matière se lit à travers ses défilés dans lesquels nous ne retrouvons que des matières naturelles.

Il est revenu, tout d’abord, sur sa conception de la femme : celui-ci a toujours pensé qu’à la fin de la journée une femme achetait une chemise en popeline et un jean. Cette image de la femme résulte de son expérience qui lui a permis de fonder sa propre vision de la femme moderne : la femme selon Jacquemus. Il pense énormément à ce que la femme va acheter, à ce qu’elle veut acheter et ce dont elle a besoin. Quant à sa marque, celle-ci, a connu des débuts difficiles : dès le départ : il se devait vendre pour pouvoir créer une nouvelle collection et ce fut le cas notamment de la seconde qui fut payée par la première.

Après ce retour sur les débuts de la maison, Jacquemus a abordé le sujet même de la matière : il aime les matières et a un rapport très simple à celles-ci. Une robe est, selon lui, le témoignage d’une expérience. Par exemple, pour les motifs celui-ci peut aussi bien reprendre des motifs qui lui rappellent une nappe de sa mère ou bien le Sud de la France. Il confectionne également certains vêtements qui peuvent être réversibles : extérieurement nous voulons quelque chose qui protège, mais à l’intérieur on peut s’intéresser davantage au plaisir personnel – égoïste pour reprendre les mots de Véronique Nichanian – de la femme, et y contribuer en mélangeant les matières notamment.

S’est opéré ensuite dans l’interview un retour sur leurs choix de matières.

Véronique Nichanian a insisté sur le moment fondamental de la création, et sur le fait qu’elle a baptisé des tissus comme celui intitulé « toile au vent » par exemple. Les tissus constituent, pour elle, des choses qui s’enrichissent.

La sensualité de la matière naturelle est irremplaçable.

Puis, elle a expliqué davantage le processus de création. En effet, elle se rend sur de nombreux salons italiens, de tissus etc, en arrivant avec ses idées – idées qu’elle a eu en studio. L’issue finale est très variable : on a des choses qui sont exactement comme elle les avait imaginé et d’autres complètement différentes, et c’est justement cette recherche qui est passionnante, cette recherche sur la matière.

Jacquemus, a, quant à lui, évoqué le marché Saint-Pierre qui est une grande source d’inspiration pour lui, et ce, depuis son plus jeune âge, comme il l’a raconté à travers une petite anecdote : à 19 ans, il a eu l’inspiration : il voulait une jupe longue et le tissu qui l’inspirait sur le fameux marché Saint-Pierre avait une valeur de 150€. Il a proposé à la commerçante de le prendre et de le ramener le lendemain totalement transformé : il a créé cette toute première jupe une avec de la matière, matière à l’origine même de son inspiration.

Le marché Saint-Pierre est pour Véronique et Jacquemus tout simplement extraordinaire. Il y a, certes, des matières difficiles à développer et assez couteuses mais comme l’a expliqué Véronique Nichanian, chez Hermès : on déroule le tapis rouge. Le travail des matières y est en effet fondamental. Jacquemus est revenu sur la situation des jeunes créateurs qui n’est pas toujours facile, notamment lors du processus de création : certains fabriquant sont à l’écoute, d’autres non, ce qui peut constituer un véritable frein…

Est-ce que les hommes et les femmes ont un rapport différent à la matière ?

Selon Véronique Nichanian : certainement. En effet, ce qui est intéressant dans les vêtements, de sport notamment, c’est ce qu’apporte de la couleur. Un sens de la couleur et un confort s’est beaucoup développé ces dernières années pour les vêtements de sport car beaucoup de costumes contraignaient le corps et le mouvement. Elle trouve que les télescopages sont nombreux et les vêtements de sports sont un excellent exemple notamment parce qu’ils sont davantage représentatifs de la vraie vie, aujourd’hui, plus qu’un costume contraignant.

Pour Jacquemus la mode est quelque chose d’intime donc il ne fera jamais de commentaires sur l’homme et la femme. La femme de Jacquemus aime la matière, plus ou moins noble : il a rencontré des gens qui adoraient le polyester, d’autres le cashmere, d’autres les deux. Il ne met pas de règle sur la femme. Il a sa vision de la femme qui est personnelle et résulte de l’impact de l’image de sa mère. C’est par son expérience personnelle, par son éducation et par l’influence de sa mère que celui-ci a construit sa propre vision de la femme et pour répondre à la question : il n’y a pas de clivage homme-femme selon lui, les hommes comme les femmes n’ont donc pas un rapport différent à la matière, une quelconque distinction n’a pas lieu d’être.

Source d’inspiration pour certains, moyen de concrétiser son idée pour d’autre, la matière, qu’elle soit noble ou non, demeure donc un élément fondamental du processus de création auquel le monde du luxe ne cesse de faire honneur. Cependant, la transformation de la matière n’est-elle pas un art à part entière ?

Alexandra

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